On s’en souvient, le candidat Sarkozy avait des idées bien arrêtées qu’il a eu tout le loisir d’exposer avant son élection. Au nombre de ses convictions, le refus catégorique de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Parce que le candidat de l’UMP savait mieux que quiconque que ce pays doté d’une constitution démocratique laïque ne pouvait rejoindre l’ensemble européen construit depuis les années cinquante. Cette position était alors relatée par Le Figaro en janvier 2007 (soit quelque cent jours avant son élection):
«Il est contre l’adhésion de la Turquie à l’Union (à la différence de Jacques Chirac) et n’hésite pas à distinguer les États qui pourront un jour entrer dans l’Union (Suisse, Norvège, Pays des Balkans occidentaux), parce qu’ils sont européens, de ceux composant l’espace euroasiatique et méditerranéen “dont la vocation européenne ne va pas de soi et qui sont des voisins sans être européens”. En quelque sorte, il semble exister pour Nicolas Sarkozy des critères clairs – à la fois géographiques et culturels – qui permettent d’affirmer “qui est européen et qui ne l’est pas”».
Quelque cent jours après son accession à l’Elysée, le président de la République a prononcé ce matin à l’occasion de la 15e conférence des ambassadeurs réunis à Paris son premier discours de politique étrangère. Il a bien entendu été question de l’élargissement de l’Union européenne. A propos de l’adhésion de la Turquie, la position de Nicolas Sarkozy semble s’être assouplie. Accessible sur le site du quotidien Le Monde aujourd’hui, le texte du discours présidentiel est clair:
«Si cette réflexion essentielle sur l’avenir de notre Union est lancée par les 27, la France ne s’opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l’Union et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent, à condition que ces chapitres soient compatibles avec les deux visions possibles de l’avenir de leurs relations : soit l’adhésion, soit une association aussi étroite que possible sans aller jusqu’à l’adhésion.»
Ajoutée à la proposition de mise en place d’un comité de réflexion sur l’évolution de la construction européenne à l’horizon 2020-2030 qui devra rendre ses conclusions avant la tenue des prochaines élections européenne prévues en juin 2009, on entrevoit tout le bénéfice que Nicolas Sarkozy pourrait tiré de l’aboutissement des négociations et des propositions des sages alors que la France aura occuper la présidence tournante de l’Union européenne au second semestre 2008. Gouverner, c’est prévoir. Soigner son image et sa stature aussi.
Le Vatican, vingt-sixième Etat de l’Union?
30 octobre 2006
Le pape est-il l’ambassadeur autoproclamé de l’Union européenne ? En voyage officiel en Turquie, il a fait deux déclarations sur l’entrée de ce pays dans l’UE. Se voulant le Monsieur Bons-Offices d’une mission dont on ne sait qui l’aurait chargé, «Benoît XVI a souligné jeudi à Istanbul l’importance des “valeurs chrétiennes”, deux jours après avoir apporté son soutien à la candidature de la Turquie musulmane à l’entrée dans l’Europe». Ce missus dominicus conseille donc au Vingt Cinq de prendre en compte et de respecter l’Islam , religion la plus pratiquée dans cet Etat laïque,et il prévient ce dernier, qu’en Europe, ce sont les «valeurs chrétiennes» qui prévalent. Donc tout, son contraire et inversement. Certes, il est à la tête d’une des plus importante communauté religieuse au monde, mais il ne dirige que le Vatican, un des plus petits Etats, dont la population n’atteint pas les mille habitants, et, qui plus est, ne fait pas partie de l’Union européenne.