Un dernier coup d’œil sur les fils RSS et surprise sur 20minutes.fr: «Fillon se met à comprendre la régulation massive des sans-papiers en Espagne en 2005». Le Premier ministre français «a assuré que la France comprenait que la régularisation massive d’immigrants clandestins à laquelle (Zapatero) avait procédé en 2005 était, à l’époque, la seule solution pour mettre fin à une situation complexe et délicate», selon Matignon. L’entretien téléphonique que les deux chefs de gouvernement ont eu mercredi soir a permis de lever le malentendu.
C’est tout chaud et vue l’heure à laquelle l’info est publiée sur le site du gratuit, elle ne sera pas dans les kiosques ce matin.

Sitôt dit, sitôt démentit. François Fillon a cru bon de déclarer dimanche soir que  José Luis Rodriguez Zapatero regrette la régularisation de 690.000 immigrés en 2005. Le Président du gouvernement espagnol n’a pas laissé passer l’occasion de moucher son homologue et de rappeler qu’en 2004, à son arrivée à La Moncloa -l’équivalent espagnol de Matignon- il y avait en Espagne 700.000 étrangers en situation irrégulière. La décision prise en 2005 a concerné 600.00 personnes. Le quotidien espagnol El País a publié aujourd’hui cette déclaration dans un article intitulé: «Zapatero alaba la regularización para desmentir al primer ministro francés» («Zapatero défend la régularisation et dément le Premier ministre français»). Il y est précisé que «lorsque nous (les socialistes espagnols) sommes arrivés au gouvernement, il y avait 700.000 personnes dans l’illégalité et nous n’étions pas disposés à accepter qu’ils restent dans cette situation». L’article reprend les déclarations faites par Rodriguez Zapatero au cours d’une visite qu’il a rendue au président de l’autonomie des Asturies, interrompant ses vacances et se créant ainsi l’occasion de s’exprimer sur une question de politique européenne et internationale. Suite à ce pataquès franco-espagnol, Matignon se serait engagé à adresser au gouvernement espagnol une note d’explication. Est-elle arrivée à l’heure qu’il est? Nul ne le sait.
El País a consacré deux pages aujourd’hui à un dossier sur l’immigration en Espagne. Il y est question des 200.00 étrangers qui arrivent chaque année en Espagne avec en poche un contrat de travail et une autorisation de séjour. Sans doute un exemple d’immigration choisie. Un article explique comment le secteur de la pêche peut continuer d’exister grâce au travail des immigrés. Dans un autre papier, des Roumains témoignent: leurs conditions de travail et les salaires qu’ils perçoivent dans la Péninsule leur permettent de vivre dans des conditions bien meilleures que dans leur pays d’origine.
François Fillon et Matignon chargés par Nicolas Sarkozy de mettre en place l’immigration choisie prônée par le candidat UMP à l’élection présidentielle peuvent-ils ignorer tous ces faits? On en doute. Ou alors ni le Premier ministre français ni aucun de ses conseillers ne comprennent la langue de Cervantes. Pourtant, comme le rappelait Le Figaro dans son édition du 28 juillet dernier: «Immigration : Fillon et Zapatero veulent agir ensemble». A l’occasion de la visite en Espagne de l’hôte de Matignon, il avait évoqué avec son homologue espagnol la nécessité pour l’Europe de se doter d’une «politique commune de l’immigration». La position de la France aurait-elle depuis un mois changer du tout au tout, ou François Fillon n’a-t-il pas compris la teneur des propos de Rodriguez Zapatero? Le Figaro précisait ce jour là que le Français était à Madrid «en terrain connu : l’Espagne, où il a été stagiaire au bureau madrilène de l’AFP quand il était étudiant». Une jolie façon de nous dire primo qu’il connaît les médias de l’intérieur et secundo qu’il parle espagnol. Où veut-il donc en venir avec sa petite provocation?

 

On s’en souvient, le candidat Sarkozy avait des idées bien arrêtées qu’il a eu tout le loisir d’exposer avant son élection. Au nombre de ses convictions, le refus catégorique de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Parce que le candidat de l’UMP savait mieux que quiconque que ce pays doté d’une constitution démocratique laïque ne pouvait rejoindre l’ensemble européen construit depuis les années cinquante. Cette position était alors relatée par Le Figaro en janvier 2007 (soit quelque cent jours avant son élection):

 

«Il est contre l’adhésion de la Turquie à l’Union (à la différence de Jacques Chirac) et n’hésite pas à distinguer les États qui pourront un jour entrer dans l’Union (Suisse, Norvège, Pays des Balkans occidentaux), parce qu’ils sont européens, de ceux composant l’espace euroasiatique et méditerranéen “dont la vocation européenne ne va pas de soi et qui sont des voisins sans être européens”. En quelque sorte, il semble exister pour Nicolas Sarkozy des critères clairs – à la fois géographiques et culturels – qui permettent d’affirmer “qui est européen et qui ne l’est pas”».

Quelque cent jours après son accession à l’Elysée, le président de la République a prononcé ce matin à l’occasion de la 15e conférence des ambassadeurs réunis à Paris son premier discours de politique étrangère. Il a bien entendu été question de l’élargissement de l’Union européenne. A propos de l’adhésion de la Turquie, la position de Nicolas Sarkozy semble s’être assouplie. Accessible sur le site du quotidien Le Monde aujourd’hui, le texte du discours présidentiel est clair:

«Si cette réflexion essentielle sur l’avenir de notre Union est lancée par les 27, la France ne s’opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l’Union et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent, à condition que ces chapitres soient compatibles avec les deux visions possibles de l’avenir de leurs relations : soit l’adhésion, soit une association aussi étroite que possible sans aller jusqu’à l’adhésion.»

Ajoutée à la proposition de mise en place d’un comité de réflexion sur l’évolution de la construction européenne à l’horizon 2020-2030 qui devra rendre ses conclusions avant la tenue des prochaines élections européenne prévues en juin 2009, on entrevoit tout le bénéfice que Nicolas Sarkozy pourrait tiré de l’aboutissement des négociations et des propositions des sages alors que la France aura occuper la présidence tournante de l’Union européenne au second semestre 2008. Gouverner, c’est prévoir. Soigner son image et sa stature aussi.